“ J’ai dit à M. Ouattara que je ne comprenais pas, et il y a beaucoup d’hommes qui ne le comprennent pas, pourquoi il s’est attaché un éléphant mort à la cheville, qui le tire vers le bas. Je fais allusion à M. Bédié... ”, confiait Alpha Blondy au quotidien “ Le Patriote ” dans son édition des samedi 3 et dimanche 4 février 2007. Cette opinion de la méga star du reggae est largement partagée par de nombreux observateurs de la vie politique ivoirienne. C’est que le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), qui a perdu le pouvoir d’Etat suite au coup d’Etat du 24 décembre 1999, a toutes les chances de revenir aux affaires à la prochaine élection présidentielle, tant il est vrai que le “ vieux parti ” est le mieux implanté en Côte d’Ivoire. Toutefois, il appartient à l’actuelle direction du parti, créé par feu Felix Houphouët Boigny, le 9 avril 1946 à l’immeuble “ Etoile du sud ” sis à Treichville-Abidjan, de faire sa mue, son auto-critique et son toilettage. Depuis la mort du premier président du Pdci, le 7 décembre 1993, les critiques contre Henri Konan Bédié sont monnaie courante. Les départs du parti aussi. A commencer par celui de feu Djéni Kobénan. Qui a claqué, en 1994, la porte du Pdci pour créer le Rassemblement des républicains (RDR). De nombreux militants du Pdci l’ont rejoint, dont Alassane Dramane Ouattara, l’unique Premier ministre d’Houpouët Boigny, qui deviendra, le 1 août 1999, le président du Rdr. Quelques mois plus tard, soit le 24 décembre 1999, la Côte d’Ivoire connaissait son premier coup d’Etat. Le président de la République, Henri Konan Bédié, est contraint à l’exil. Le Pdci traverse l’un des moments les plus délicats de son histoire. Quand il s’est agi de choisir le candidat du parti pour la présidentielle de 2000, de nombreuses personnes se sont signalées. Henri Konan Bédié (qui était encore en exil en France), Emile Constant Bombet, Emile Brou, Lamine Fadiga, Amoikon Edjampan Tiemelé s’affrontent, à Yamoussoukro, en août 2000, au cours de la convention. Le choix des militants se porte sur Emile Constant Bombet. En dépit de ce choix, M. Bédié -qui tenait à récupérer son fauteuil- et huit autres personnalités déposent leur candidature à la présidentielle d’octobre 2000. Finalement, tous les dossiers des candidats du Pdci sont rejetés par Tia Koné, le président de la Cour suprême. Le Pdci venait d’étaler sa division sur la place publique, par la faute d’Henri Konan Bédié, ont vite conclu des militants du parti. De sorte que, lorsque feu le général Robert Guéï a fait créer l’Union pour la démocratie et pour la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI), de nombreux barons du Pdci ont trouvé là une porte de sortie. Akoto Yao, Danielle Boni Claverie, feu Balla Kéïta, Oulaï Tiabas, Bleu Lainé et autres tournèrent le dos à Bédié. Et, ce n’est pas tout. En avril 2002, lors du congrès du parti, Laurent Dona Fologo se présente contre Henri Konan Bédié pour occuper la présidence du Pdci. L’actuel président du Conseil économique et social avait posé une problématique : “ Fallait-il continuer avec un chauffeur qui a fait une sortie de route ? ”. Ayant perdu les élections “ dans les conditions frauduleuses ”, selon lui, Fologo prend ses distances, officielles, vis-à-vis de Bédié. Et, avec lui de nombreux cadres dont les plus connus sont Alain Caucautrey, Ouattara Gnonzié et Doudou Pio. Ils se retrouvent aujourd’hui au sein du Rassemblement pour la paix (RPP), qu’ils présentent, volontiers, comme un mouvement. Mais force est de constater que le RPP tisse sa toile et mobilise de nombreux partisans au profit de la “ République ” incarnée par Laurent Gbagbo. Bien plus, Fologo est vice-président du Congrès national de la résistance pour la démocratie (CNRD), un conglomérat de partis politiques, de syndicats et d’Ong militant pour la réélection du président Gbagbo. On y retrouve des figures de proue du Pdci comme Séry Gnoléba, Bra Kanon, Vincent Pierre Lokrou, Tanoh Brou.Necessaire remise en cause !Si ce n’est pas une saignée du parti d’Houphouët Boigny, cela y ressemble fortement et étrangement. Toutes ces personnalités, qui ont travaillé à l’implantation du parti, ont tous des griefs contre Henri Konan Bédié. Ils le trouvent coupé de la base. Depuis son retour d’exil, avancent-ils, le président du PDCI s’est installé dans un immobilisme. La tournée nationale annoncée en 2006 par Maurice Kacou Guikahué n’a jamais eu lieu. Pourquoi ? Les militants continuent de s’interroger, estimant que leur président ne veut aller au charbon et préfère l’opposition de salon. L’un des problèmes auquel le “ vieux parti ” est confronté, nous a confié un membre du secrétariat général, est l’insuffisance de ressources financières. Des militants dénoncent également “ le tribalisme outrancier ” qui prévaut au sein du PDCI. Ils en veulent pour preuve la récente nomination de Niamkey Koffi au poste de porte-parole “ là où Djédjé Mady, accusé de rouler pour son frère Gbagbo, jouait bien ce rôle ”. Le report du congrès, qui devrait se tenir au cours de ce mois d’avril, a fait monter au créneau des membres du bureau politique comme Yéo Tchobon, Ehoussou Narcisse, Guèye Jean Pierre. Mal leur en a pris. Ils ont été convoqués par le conseil de discipline dirigé par Noël Nemin. La convocation de mardi dernier à laquelle Yéo Tchobon, Guèye Jean Pierre et Kouadio Koffi Simon ont répondu, se serait terminée en queue de poisson. A dire vrai, il existe de véritables problèmes au PDCI. Henri Konan Bédié, qui a environ 73 ans aujourd’hui (il est né le 5 mai 1934 à Dadiékro dans le département de Daoukro), a été le premier ambassadeur de la Côte d’Ivoire indépendante aux Etats-Unis d’Amérique et au Canada. Il a été ensuite ministre des Affaires économiques et Financières sans discontinuer de 1966 à 1977, puis député et maire de Daoukro. De 1980 à 1993, il fut président de l’Assemblée nationale, avant de devenir président de la République de Côte d’Ivoire de 1993 à 1999. A l’évidence, l’actuel président du PDCI a servi à toutes les hautes fonctions étatiques. C’est pourquoi, ces détracteurs, vu les problèmes de personne qu’il a avec bien des barons du parti et considérant son âge, pensent que le temps est venu pour que Bédié se mette de côté. Afin de permettre à une autre personnalité plus dynamique de porter les flambeaux du PDCI à l’élection présidentielle prochaine. Le retour du PDCI au pouvoir pourrait être à ce prix.
Vendredi 13 avril 2007 par Sylla Aruna
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