
Monsieur le Secrétaire général, à quels besoins répond la création du
PDCI-Vision nouvelle?
Nous avons créé PDCI-Vision nouvelle, qui est un courant, pour permettre au
PDCI de retrouver véritablement sa place dans le cœur des Ivoiriens. Ce parti
que le Président Houphouët-Boigny, qui en est le président-fondateur, a laissé
aux Ivoiriens en héritage.
A partir de quel moment avez-vous constaté que le parti du Président
Houphouët-Boigny n’était plus dans le cœur des ivoiriens?
C’est après la disparition du président-fondateur de notre parti que nous avons
constaté qu’il a commencé à se vider de sa philosophie politique, que les
Ivoiriens ont commencé à s’en éloigner. Je voudrais rappeler que les Ivoiriens
ont adopté ce parti depuis 1957. En effet, après les élections de mars 1957, et
le renouvellement d’un appel qu’il avait déjà fait en octobre 1951 (au Stade
Guy André), le président Houphouët-Boigny avait demandé aux responsables des
autres partis de se joindre à lui pour construire la Côte d’Ivoire. Ce qu’ils
ont fait.
Avant d’en arriver à la création d’un courant à l’intérieur du PDCI,
avez-vous approché sa direction pour lui exprimer vos préoccupations?
Il y a plusieurs manières d’exprimer les préoccupations. Nous sommes tous
membres des instances du parti. Je suis membre de ce qu’on appelle aujourd’hui
le bureau politique. Mais nos messages y passent difficilement. C’est pourquoi
au lieu de faire un combat individuel, nous avons décidé de nous rassembler au
sein du PDCI-Vision nouvelle, pour faire porter notre voix davantage.
Quelles sont les voix fortes du PDCI qui sont derrière vous?
Excusez-moi de vous dire que j’ai cinquante ans et que je suis médecin. A cet
âge-là, on n’a pas forcément besoin de parrain pour poser certains actes ou
entreprendre certaines actions. En outre, j’ai fait mon entrée dans les
instances centrales du PDCI en 1991. Je pense que j’ai mon mot à dire quant à
la conduite des affaires du PDCI. Je ne suis pas seul, nous sommes même bien
nombreux. Ceux qui se répandent dans les journaux pour dire que nous ne sommes
qu’un petit noyau peuvent le vérifier à notre siège qui, du reste, est
grandement ouvert. Ils verront ceux qui y viennent et ils comprendront la
sympathie que les militants du PDCI et par-delà eux les Ivoiriens nous vouent.
Quelle est la place de M. Laurent Dona-Fologo et Emile Constant Bombet dans
le PDCI-Vision nouvelle ? On les soupçonne d’être les instigateurs ou les
concepteurs de votre mouvement.
Ni le président Laurent Dona-Fologo, ni le ministre d’Etat Emile Constant
Bombet n’ont une place dans le PDCI-Vision nouvelle aujourd’hui. Mais je
voudrais relever qu’aujourd’hui, le PDCI apparaît comme un parti où l’on invite
des militants à partir. Alors que le PDCI du Président Houphouët-Boigny était
un parti où l’on rassemblait les gens. Je vous parlais tout à l’heure des
élections de 1957 où, après son écrasante victoire, il a appelé les autres qui
étaient ses adversaires, malgré la virulence avec laquelle il était attaqué, à
se joindre à lui. Le Président Houphouët aurait pu dire : «Comme j’ai gagné les
élections, alors, je conduis seul les affaires». Mais il a plutôt fait preuve
de grande humilité. Aujourd’hui, le PDCI est loin d’une telle situation. Nous
posons un problème de fond. Nous voulons redonner aux militants du PDCI et aux
Ivoiriens, les moyens de se rassembler en vue de retrouver le bon PDCI que nous
avons perdu. Ce rassemblement part de nous, mais il va s’étendre à tous ceux
qui, aujourd’hui, se sentent marginalisés dans la gestion de leur parti. Qu’il
s’agisse du président Fologo, du ministre d’Etat Emile Bombet ou même de
militants anonymes. Car il n’y pas que ceux qui ont des titres qui comptent
pour un parti qui veut prendre le pouvoir. Ils sont aussi nombreux, les
anonymes qui sont prêts à se faire valoir le jour des élections. Notre
rassemblement va donc se faire avec tout ce monde.
Vous prétendez rassembler alors que des voix au sein du parti vous accusent
de complot et de division.
C’est dommage ! C’est justement cela que nous combattons. Il y a des gens au
PDCI qui, voulant jouir de leur liberté, ont décidé de faire du suivisme (je
pèse bien mes mots). Mais en même temps, ils refusent aux autres le droit à la
différence. Ainsi, chaque fois que quelqu’un exprime une opinion différente de
la leur, ils demandent qu’on le chasse. C’est cela que nous dénonçons. Nous
voulons que ces gens-là et nous fassions un débat de fond. Nous refusons les
débats de personnes. Ceux qui nous accusent de vouloir diviser le PDCI n’ont
absolument rien compris à la philosophie politique du Président
Houphouët-Boigny dont nous nous réclamons.
Un cadre de votre parti a confié à un quotidien de la place que les
individus ou groupes d’individus qui utilisent le logo du PDCI sans accord
préalable de ses responsables seront traduits devant le tribunal. Avez-vous
satisfait à ce préalable au PDCI-Vision nouvelle?
Nous sommes militants du PDCI et nous parlons du PDCI. Je ne crois pas que
quelqu’un puisse se prévaloir d’être le propriétaire du PDCI aujourd’hui. Je
voudrais rappeler à toutes fins utiles, que l’adhésion au PDCI est libre. Ceux
qui s’agitent aujourd’hui, qui ont des convulsions quand ils entendent des gens
faire des réflexions, sont ceux-là mêmes que nous appelons les nouveaux
prophètes. Ce sont eux qui n’ont rien compris à la philosophie politique du
Président Houphouët et qui veulent faire autre chose avec le PDCI.
Le PDCI-Vision nouvelle n’est-il pas un nouveau parti qui est en train de
naître ? Emile Bombet n’est-il pas ce que Alassane Ouattara était pour le RDR à
sa naissance et vous-même ce que Djéni Kobéna était pour ce courant?
Si je voulais partir de notre parti, je l’aurais fait depuis ; je vous ai dit
tantôt que j’ai cinquante ans. Sachez que j’ai passé au moins la moitié de
cette vie-là au service du PDCI-RDA. Il faut que les Ivoiriens et les nouveaux
prophètes le sachent. S’il y a des gens qui peuvent se réclamer du PDCI, je ne
pense pas être loin du premier cercle. Je pense avoir fait partie du collège
sans discontinuité jusqu’à aujourd’hui. On ne peut pas me faire la leçon de
l’amour, de la fidélité au PDCI. Je ne voudrais pas que les nouveaux prophètes
ou des gens issus de la génération spontanée viennent et se proclament en
censeurs au PDCI. Nous autres avons été élevés dans le PDCI et nous voulons que
ce parti retrouve son lustre d’antan.
M. Ehoussou, vous êtes membre du bureau politique du PDCI, secrétaire de la
section de Tanguélan. Comment vos militants ont-ils accueilli la naissance du
PDCI-Vision nouvelle avec vous à sa tête?
Vous avez raison, parce que j’ai lu dans un journal des propos tenus par le
délégué départemental du PDCI d’Agnibilékro. Je pense qu’il n’a rien compris.
Je l’invite simplement, quand il va au village, à quitter la tribune de ses
réunions pour discuter avec les militants à la base. Et il verra ce que pensent
les militants anonymes du PDCI actuel. Il comprendra bien des choses.
Quoi par exemple ?
Il comprendra que les militants à la base ne comprennent rien à ce qui se passe
dans leur parti aujourd’hui.
Avez-vous le soutien de vos militants de Tanguélan au PDCI-Vision nouvelle?
Je ne suis pas encore allé à Agnibilékrou ou à Tanguélan depuis la création de
notre courant. Mais, comme je le disais au début de notre entretien, j’invite
ceux qui se méprennent sur notre organisation à se rendre à notre siège.
Vous parlez de siège. Cela fait penser que vous êtes en train de créer un
parti.
En la matière, nous ne réinventons pas l’eau chaude. Cela fait partie des
problèmes qui nous gênent. On a l’impression que ceux qui se proclament des
Censeurs aujourd’hui, ont une mémoire trop sélective. Il n’y a pas longtemps,
dans ce même PDCI, on a créé une structure parallèle aux instances du parti,
qui les supplantait toutes. Le Cercle national Bédié (CNB), pour ne pas le citer.
Ce club de soutien avait des secrétaires partout. Ces gens qui aujourd’hui se
proclament des censeurs, on ne les a pas entendus. Nous mettons une
organisation pour soutenir le PDCI dans son ensemble, alors ils crient au
complot, à la division. Pourquoi ? Pourquoi n’ont-ils pas réagi au moment où le
CNB supplantait les structures du PDCI tant au plan national qu’à l’extérieur
de la Côte d’Ivoire ? Le CNB et bien d’autres clubs de soutien ont proliféré.
Mais au bout, quel résultat avons-nous eu ? Quand en 1999, sur la route de
l’exil, le président Bédié a lancé un appel à la résistance civile, les a-t-on
vus ? Où étaient-ils passés ? Pourtant, tous les jours avant le coup d’Etat, on
les voyait partout, dans les journaux, à la télévision, on les entendait proclamer
leur indéfectible soutien au président Henri Konan Bédié. Mais ces structures
ont toutes disparu dès la première difficulté réelle.
Qu’est-ce qui vous démarque de ces structures?
Pour nous, il faut soutenir le PDCI pour lui permettre de revenir dans ses
fondements initiaux, qu’il rassemble davantage les Ivoiriens comme par le
passé, qu’il reprenne le pouvoir et qu’il permette au pays de reprendre sa
marche sur la route du développement.
Le Rénovation était aussi un courant du PDCI. On a vu comment cela s’est
terminé. Ne craignez-vous pas de finir de la même manière que les rénovateurs?
Non. Tout dépend des objectifs qu’on se fixe. Nous mettons l’accent sur le
rassemblement des militants et sympathisants du PDCI. Nous mettons le point sur
le fait qu’après le coup d’Etat, nous ne nous sommes pas assis pour nous
interroger : «Mais qu’est-ce qui nous est arrivé ? Pourquoi cela a-t-il pu nous
arriver ? Pourquoi personne n’est sorti quand le président a appelé à la
résistance civile ?» Mais dès qu’on dit certaines choses, les gens convulsent.
Or un an après, malgré les conditions calamiteuses de la proclamation des
résultats de l’élection présidentielle, quand un candidat a demandé au peuple
de descendre dans la rue, tout le monde y est descendu. Nous disons donc qu’il
est temps que le PDCI fasse son diagnostic. Je n’entre pas dans l’esprit des
auteurs du coup d’Etat de 1999. Mais je veux plutôt comprendre comment le PDCI
qui a dirigé ce pays pendant quarante ans, a-t-il pu être victime d’un coup d’Etat.
Qu’est-ce qu’il a fait qu’il ne devrait pas faire ? Qu’est-ce qu’il n’a pas
fait qu’il devrait faire pour que ce coup d’Etat n’arrive pas ? Qu’est-ce qui
n’a pas marché ? Il faut que le PDCI le sache, qu’il le corrige de sorte que
demain, si nous revenons au pouvoir d’Etat, cela ne nous arrive plus. En tout
état de cause, nous disons qu’il faut absolument faire l’analyse de la
situation qui a favorisé la survenance du coup d’Etat. Nous partons d’un
postulat simple. Ceux qui ont fait le coup d’Etat de 1999 contre le PDCI sont
des Ivoiriens. Depuis 40 ans, le parti leur a présenté un projet qui a marché
sans problème majeur. Subitement, une partie de ces Ivoiriens se lève pour dire
qu’elle ne veut plus de ce projet. Et il y a des gens qui ne veulent pas qu’on
cherche à savoir et à comprendre ce qui dans ce projet ne convient plus à ces
Ivoiriens. Nous disons qu’il faut le savoir pour y apporter des correctifs.
Voyez par exemple, pour le dynamisme et la démocratie au sein du parti, il est
normal qu’il y ait des candidats en compétition avec le président sortant lors
du congrès. Mais une fois les élections finies, le candidat élu doit rassembler
tout le monde autour de lui, y compris ses adversaires d’une élection. Nous ne
croyons pas avoir vu la manifestation d’un tel esprit depuis la disparition du
Président Houphouët. Il faut que les gens évitent de nous ramener dans des
débats de personnes.
Voulez-vous dire que ce n’est pas la personne de Henri Konan Bédié que vous
contestez?
Vous verrez que dans toutes nos déclarations, jamais nous n’attaquons Monsieur
Bédié ni quelqu’un d’autre. Nous dénonçons plutôt la façon dont le PDCI est
géré. Mais si des gens veulent personnaliser le débat, vraiment c’est leur
affaire, qu’ils en assument l’entière responsabilité. Car pour nous, une fois
que l’exercice du diagnostic est fait, que des propositions concrètes sont
faites pour que le PDCI retrouve ses fondamentaux, peut-être que nous allons
utiliser notre force de réflexion pour aller dans un autre sens. Mais les gens
ne semblent pas nous suivre dans cette voie. Dans le cadre de la préparation du
congrès par exemple, nous avons fait des analyses. Nous avons voulu que le PDCI
profite de ces assises pour rassembler tous ses enfants. Mais certaines de nos
propositions et non des moindres, ont été dévoyées.
Le report du congrès de votre parti fait des vagues…
Je vous ai expliqué que dès que quelqu’un émet un son de cloche différent, les
autres entrent en transes. Pourquoi on ne demande pas à ceux qui ne veulent pas
qu’on reporte le congrès les raisons de leur refus ? Ils en ont certainement.
Il faut qu’au PDCI les gens arrêtent de prendre les autres pour des enfants.
Même les enfants qui sont descendus dans la rue, en 1999, criant «Bédié, voleur
; Bédié, voleur», à la faveur du putsch, sont pour la plupart devenus majeurs
aujourd’hui. Ce sont des électeurs. Pour le moment, PDCI-Vision nouvelle n’a
pas pris position sur la question du report du congrès. Mais il va s’y
prononcer le moment venu. Toutefois, en tant que militant, je peux vous donner
mon avis. Je pense qu’il y a un problème de textes. Nos textes disposent que le
congrès doit se tenir tous les cinq ans. Mais on peut le reporter pour
certaines rasions. Il faut expliquer cela aux gens. Sinon, ils pensent qu’on ne
veut pas organiser le congrès parce qu’on a des choses à cacher. J’ai entendu
des militants dire : «On va organiser le congrès et dans tous les cas, Bédié va
passer haut la main». Mais là n’est pas le débat. L’article 35 des statuts
dispose que pour être candidat à la présidence du PDCI, il faut avoir 40 ans au
moins et 75 ans au plus. En 2000, la convention nationale du PDCI s’est réunie
et a désigné un candidat (le ministre d’Etat Emile Constant Bombet. Ndlr) à la
présidentielle conformément à ses statuts. Ce candidat, pour des raisons que
seuls les auteurs savent, a été exclu de la compétition. Le parti ne dit rien à
celui qu’il avait brillamment élu pour le représenter à cette élection. Puis,
subitement, on trouve des artifices, on organise des conventions (éclatées.
Ndlr) dont le qualificatif ne se trouve pas dans nos statuts, on se donne un
autre candidat (Henri Konan Bédié. Ndlr) à l’élection présidentielle de 2005,
en ignorant royalement le choix massif des militants en 2000. Mais parallélisme
des formes, le candidat qui a été élu par ces conventions, c’était pour
l’élection présidentielle de 2005. Cette élection n’a pu avoir lieu. Du coup,
autant le choix pour la présidentielle de 2000 ne tient pas pour l’élection de
2005, autant le choix pour l’élection de 2005 ne peut tenir pour une élection
antérieure. Elle devient caduque pour le PDCI, elle est dépassée. Parallélisme
des formes, le PDCI n’a plus de candidat pour la présidentielle prochaine. Le
parti doit donc se donner les moyens pour aller chercher un autre candidat.
Vous voyez que c’est un problème de fond. Il faut que ceux qui voient tout en
problème de personne arrêtent de distraire les militants.
Le PDCI a décidé de prendre des mesures vigoureuses à l’encontre de ceux qui
donnent dans la division. Vous sentez-vous concerné par ce débat?
Non, pas du tout. D’autant que je vous ai dit tout le long de l’entretien que
notre objectif est de rassembler les militants dans un PDCI tel que le
Président Houphouët le voulait.
Interview du 9 Mars 2008, réalisée par Pascal Soro
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